Maladie de Verneuil
- Frédéric de la Codre
- 1 janv.
- 3 min de lecture
Maladie de Verneuil (hidradénite suppurée) : pourquoi une prise en charge précoce est essentielle
La maladie de Verneuil, aussi appelée hidradénite suppurée, est une affection inflammatoire chronique de la peau encore trop souvent diagnostiquée tardivement. Pourtant, une prise en charge précoce, coordonnée et adaptée permet de réduire la douleur, de limiter les lésions irréversibles et d’améliorer significativement la qualité de vie des patients.
👉 Il est important de souligner que le dermatologue est le spécialiste de première intention dans la maladie de Verneuil.
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Qu’est-ce que la maladie de Verneuil ?
La maladie de Verneuil touche environ 1 % de la population, et concerne majoritairement les femmes.
Il s’agit d’une maladie dermatologique inflammatoire chronique affectant les zones riches en follicules pileux :
aisselles
plis de l’aine
régions génitales
plis sous-mammaires
région fessière
Elle se manifeste par des nodules douloureux, des abcès récidivants, puis, dans les formes évoluées, par des fistules et des tunnels sous-cutanés responsables de cicatrices et de douleurs chroniques.
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Une maladie inflammatoire complexe
La maladie de Verneuil n’est ni une infection simple, ni un problème d’hygiène.
Les travaux récents montrent qu’elle repose sur :
une inflammation des follicules pileux,
une dysbiose microbienne locale,
une réaction immunitaire excessive impliquant plusieurs cytokines inflammatoires (TNF, IL-1, IL-6, IL-17, IL-23).
Cette inflammation entraîne la formation de galeries sous la peau, appelées tunnels, qui entretiennent la maladie et fragilisent durablement les tissus cutanés.
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Des douleurs parfois disproportionnées
La douleur est un élément central de la maladie de Verneuil.
Elle peut être :
inflammatoire,
mais aussi neuropathique, liée à l’atteinte des nerfs locaux.
👉 Un point important : l’intensité de la douleur n’est pas toujours proportionnelle à l’étendue visible des lésions.
Un petit nodule peut parfois être plus douloureux qu’une zone étendue de tunnels anciens.
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Diagnostic : un rôle clé du dermatologue
Le diagnostic est clinique et repose sur trois critères essentiels :
1. Des lésions typiques (nodules, abcès, fistules)
2. Une évolution chronique (au moins 6 mois ou ≥ 2 poussées/an)
3. Une localisation caractéristique (aisselles, plis inguinaux, fessiers, génitaux…)
⚠️ Malgré cela, le retard diagnostique dépasse encore 7 ans en moyenne, ce qui retarde la mise en place des traitements efficaces.
👉 Le médecin généraliste doit orienter rapidement vers un dermatologue, qui coordonne ensuite la prise en charge.
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Évaluer la sévérité : la classification de Hurley
La sévérité est souvent évaluée selon la classification de Hurley :
Hurley 1 : nodules ou abcès isolés, sans fistules ni cicatrices
Hurley 2 : lésions récidivantes avec fistules et cicatrices
Hurley 3 : réseaux de tunnels étendus, destruction tissulaire importante
D’autres scores plus précis permettent aussi d’évaluer la douleur, le drainage, l’impact sur la qualité de vie et les limitations fonctionnelles.
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Traitement : une stratégie progressive et coordonnée
🔹 Le rôle central du dermatologue
Le dermatologue est le chef d’orchestre de la prise en charge, surtout aux stades précoces.
Les options incluent :
antibiotiques (efficacité souvent transitoire),
traitements hormonaux dans certains cas,
biothérapies, aujourd’hui un pilier majeur du traitement.
Les biothérapies (adalimumab, sécukinumab, bimékizumab) permettent de :
réduire l’inflammation,
diminuer la douleur,
espacer les poussées,
ralentir la progression de la maladie.
👉 Elles sont d’autant plus efficaces qu’elles sont introduites tôt, avant la formation de fistules et de fibrose.
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Quand la chirurgie devient nécessaire
La chirurgie n’est pas un échec du traitement médical.
Elle intervient lorsque :
des fistules ou tunnels persistants sont présents,
une destruction tissulaire s’est installée,
la douleur ou les écoulements deviennent invalidants.
La chirurgie peut inclure :
incision et drainage,
excision ciblée ou plus large des zones atteintes.
👉 Aujourd’hui, environ deux tiers des patients bénéficient d’une prise en charge combinée : biothérapie + chirurgie.
La chirurgie permet d’éliminer les tissus détruits, ce que les médicaments seuls ne peuvent pas faire.
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Une prise en charge multidisciplinaire indispensable
La maladie de Verneuil nécessite une collaboration étroite entre :
le dermatologue (prise en charge initiale et suivi médical),
le chirurgien (traitement des lésions irréversibles),
parfois d’autres spécialistes (rhumatologue, gastro-entérologue, psychologue).
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Conclusion
La maladie de Verneuil est une pathologie fréquente mais encore trop souvent méconnue.
👉 Une prise en charge précoce, initiée par le dermatologue, est essentielle pour limiter la douleur et éviter les formes sévères.
Lorsque la maladie est plus avancée, la chirurgie associée aux biothérapies permet une amélioration significative de la qualité de vie.
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🔍 Source
Article inspiré de :
Hakimi-Prévot H. – “Maladie de Verneuil : une prise en charge précoce est indispensable”,
Le Quotidien du Médecin, 17 décembre 2025.
Données issues des Journées dermatologiques de Paris 2025 et des interventions du Pr Axel Villani, du Dr Ziad Reguiaï et du Pr Falk Bechara.

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